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Les peurs, la liberté, la censure, l’isolement,

 

Fric : bien souvent fatalisme et impuissance conduisent une société à mettre la clé sous le paillaisson contre sa volonté car on produit moins cher ailleurs, sans considération aucune pour les travailleuses et les travailleurs.

Pour imager le reste, je prendrai quelques clichés issu de la génération X, et dire RIEN a changé depuis les POPPY’s

à l’exemple de Trust, “13 à table”, de Mercury/Universal.

“La peur est chienne”.

Les textes de “13 à table” sont truffés d’allusions et de vocabulaire religieux.

Le temps d’un “Psaume”, Bernie déclame même, sur un ton virant presque au burlo-grotesque, des extraits de la Bible (“Tu châties les nations, tu détruis les méchants, tu effaces leur nom pour toujours”, Psaumes 9). Ailleurs (“Vae victis”), Trust déplore “Trop de ferveur [ ]./ Qu’elle soit religieuse ou militante/cette ferveur comble l’attente/On prie pour tout, le bien, le mal,/ la peur est chienne, cet animal”. “La place de la religion, aujourd’hui, est dominante et inquiétante – voyez les réunions à la Maison-Blanche, les mecs font la prière avant d’entrer en conversation.

C’est une vraie dérive, ça nous ramène à un ordre moral”, prolonge le chanteur.

La pochette du CD, elle, fait aussi dans la grosse artillerie: arme automatique dans une main, Bible dans l’autre, dans une mise en scène façon affiche de film violent de série B. “On est dans un combat de civilisations (‘L’Occident chrétien’), c’est une régression. Tant mieux si la pochette interpelle.”

 

Trop de détresse, de passes-partout
Trop de ferveur, là, devant nous
Qu’elle soit religieuse ou militante

Cette ferveur comble l’attente
On prie pour tout le bien, le mal, la peur est chienne, c’est animal
On donne du gout a la morale
aux âmes errantes abyssales

Cette ferveur qui nous transcende
Quand on fait appel aux anges pour qu’ils descendent

Tout autour n’est que ferveur 
Tout autour n’est que terreur
Qui prie a genoux ou bien debout
Les femmes, les hommes, cherchent… partout

Alors on fait appel a Dieu afin qu’il nous sorte du noir
Mais on a beau scruter les cieux, Dieu est absent ou il est en retard.
Pour nous absoudre de nos misère, seuleument Dieu il est en colere.
Qu’on soit en haut ou en dessous, qu’ on prie debout ou a genoux

Cette ferveur qui nous transcende
Quand on fait appel aux anges pour qu’ils descendent
on fait appel aux anges pour qu’ils descendent
mais pour descendre, qu’est qu’ils attendent

Tout autour n’est que terreur
Tout autour n’est que ferveur 
Qui prie à genoux ou bien debout
Les femmes, les hommes, cherchent.. partout

Ta changé ta misère en chagrin
sans grande volonté en attendant demain

issu de Trust, 13 à Table.

Des images qui restent gravées, à moins d’être une âme insensible.

 

La liberté ne s’achète pas, elle se vit.

Fric, ferveurs, religions,

trois mots, trois thèmes, et un trop plein de guerres

et non, de ce coté si, 

rien à changé

 

 

 

 

 

L’homme n’est-il pas l’artisan de tous ses malheurs ?

(dissertation philosophique A. Roulin)

 

« Être heureux, ce n’est pas bon signe, c’est que le malheur a manqué le coche, il arrivera par le suivant. » Cet énoncé de Marcel Aymé, romancier et dramaturge français qui utilisait pour chaque classe sociale un vocabulaire bien distinct, nous rappelle, sans entrer dans les détails de ses dires, l’universalité du malheur. Nous pouvons en effet le trouver partout : dans la vie quotidienne, à la télévision, dans les journaux, dans des livres. Néanmoins, comme nous l’avons mentionné, ce n’est pas inéluctable : « nous pouvons le trouver ». Cette identification du malheur pourrait en fait venir de nous-mêmes. Aussi n’est-il pas étonnant qu’un  écrivain et essayiste français du début du XXème siècle, André Gide, qui recherchait l’honnêteté intellectuelle, ait pu écrire : « L’homme n’est-il pas l’artisan de tous ses malheurs ? » Il convient tout d’abord de définir le terme d’ « artisan » qui signifie ici « cause, origine ». L’homme serait donc la cause de ses malheurs ou en d’autres termes afin d’expliciter la notion de « malheur », la cause de ses situations douloureuses ou de ses évènements contrariants. Après avoir souligné le sens des différents termes de cette citation, il faut à présent expliquer de quelle manière l’homme occuperait cette position d’« origine de ses malheurs » : par son interprétation de la réalité. C’est en effet par sa vision du monde, propre à chacun, ainsi que des causes extérieures qui l’affectent, des évènements qu’il ne comprend pas que l’homme déterminerait la portée malheureuse ou bienheureuse de tel épisode de sa vie. En somme, André Gide suggérait par-là que l’homme, par sa représentation de la réalité, est responsable de tous ses malheurs qui sont en fait des imprévus auxquels l’homme a donné tel ou tel sens. Il reste toutefois quelques interrogations possibles dans ce jugement : cette interprétation est-elle vraiment la seule cause du malheur ? Ne dépend-elle pas d’autres facteurs ?

Commençons par démontrer que notre représentation de la réalité est notre seule source de malheur et ce avec l’aide d’un philosophe grec nommé Épictète. Épictète appartenait à l’école stoïcienne, qui préconisait une vie en accord avec la nature, absente de passions et donc absente de souffrance afin de vivre heureux. Ce philosophe n’a jamais rien écrit mais il donnait des cours et ses paroles ont été rapportées, notamment dans le « Manuel d’Épictète » où il tente de répondre à la question « comment faut-il vivre ? ». La première remarque portera sur la division du monde qu’opère Épictète : parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous comme nos pensées, nos opinions, nos désirs ou nos haines et celle-ci sont libres, libérées de toute contrainte ; d’autres, à l’instar de l’argent, de notre réputation, de notre corps, ne dépendent pas de nous et sont impuissantes, étrangères et porteuses d’obstacles. Suivant cette distinction, nous ne devons accorder de l’importance qu’aux choses qui nous sont liées et en les contrôlant nous accédons au bonheur. Au contraire, si nous pensons que ce qui ne dépend pas de nous en dépend, nous nous confrontons à des obstacles et devenons malheureux. Ces principes vont en effet parfaitement dans le sens de notre démonstration car ce que nous maîtrisons vraiment est notre interprétation de la réalité, c’est-à-dire des objets qui nous entourent et des évènements qui nous arrivent. A fortiori, ce n’est pas la réalité qui nous trouble mais le jugement, l’opinion que nous nous forgeons sur elle. Nous possédons de ce fait, selon Épictète, la force de surmonter nos visions troublantes. Ainsi, par exemple, il faut considérer nos enfants comme des cadeaux provisoires qui, un jour, nous seront repris. Cependant, tant qu’ils restent en vie, il faut en prendre soin comme s’ils nous avaient été prêtés. Autrement dit, tous les objets auxquels nous nous attachons doivent être vus comme des dons passagers que nous devrons rendre. En définitive, selon Épictète, l’homme est responsable de son malheur car celui-ci provient de notre faculté unique de représentation de la réalité. Nous sommes « artisans » de notre vision et de ce fait de notre malheur.

Après avoir montré que notre source de malheur se trouve dans notre vision du monde, nous devons nuancer et ainsi réaffirmer notre opinion car force est pourtant de constater que cette vision dépend d’une pléthore d’autres facteurs. Pour s’en convaincre, il suffit de mentionner, pour commencer,  que nous sommes tous différents et par conséquent, dotés d’une sensibilité, d’une interprétation différente des évènements qui nous affectent. Celle-ci provient de la nature, du hasard pour nous, nous ne l’avons pas souhaité, nous l’avons. Ensuite, nous devons logiquement avoir eu vent des principes d’Épictète ou de conseils semblables pour les appliquer, sommes-nous vraiment responsable d’être ignorants ? Cela, Épictète en était conscient et encourageait ses disciples à instruire les novices inexpérimentés. Ainsi, à la différence des élèves d’Épictète, les ignorants ne portaient pas l’entière responsabilité de leur malheur car ils ne connaissaient pas ces principes. Passons à présent à un facteur capital pour notre représentation de la réalité, notre expérience de la vie. Nous marchons en fait le temps de notre existence sur Terre en direction de la pensée d’Épictète que nous atteindrons peut-être un jour. Il est inconcevable de naître et d’avoir déjà la capacité d’appliquer ces conseils ! Notre vie sera une longue randonnée pendant laquelle des évènements heureux, malheureux se présenterons à nous. Ces évènements nous marquerons, nous transformerons et nous verrons alors la réalité d’une autre façon et cela nous poussera plus près du bonheur. Boris Cyrulnik, brillant éthologue, neurologue et psychanalyste français, a notamment développé le concept de « résilience », renaître après la souffrance, qui corrobore ce qui vient d’être dit : pour ce chercheur, il faut avoir connu au moins une fois dans sa vie le malheur afin de pouvoir goûter au bonheur. Cette marche parsemée d’embûches est donc nécessaire à notre développement. Il convient aussi d’ajouter que ces épisodes peuvent sembler insignifiants mais trouver une grande résonnance en nous comme une parole anodine, un regard simple. En conséquence, durant cette période, en l’homme demeure toujours une part de responsabilité vis-à-vis du malheur mais elle n’est pas totale. Enfin, le mode de fonctionnement de notre société nous conditionne et ainsi nous éloigne du bonheur. En effet, elle privilégie l’attachement à des biens provisoires en leur donnant une apparence éternelle. Elle privilégie l’image, notre image. Nous sommes en définitive sous l’emprise des regards extérieurs. Par exemple, la perte d’une maison pour des raisons financières pourrait être perçue comme une épreuve et de ce fait lui ôter son caractère triste, cependant si on ajoute l’aspect social : il va falloir l’annoncer à ses proches ; elle revêt alors un déguisement tout autre… Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons mettre l’entière responsabilité de son malheur sur les épaules de l’homme car tant qu’il n’a pas atteint « l’état d’Épictète », il n’est pas seul « artisan » de sa vie en raison des autres facteurs qui le conditionnent.

En conclusion, l’homme est bien l’ « artisan de tous ses malheurs » comme l’avait suggéré André Gide mais seulement dans les limites de sa capacité d’interprétation de la réalité. En effet, des facteurs extérieurs conditionnent sa représentation du monde et ainsi l’empêchent de penser librement à propos d’un évènement. Cette liberté ira en s’accroissant tout au long de sa vie grâce aux expériences qu’il vivra et aux connaissances qu’il acquerra jusqu’au moment où pleinement libéré de ces contraintes, il se dira : « Qu’ai-je fait de ma vie ? »

 

Inspiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_d%27%C3%89pict%C3%A8te(dernière consultation le 30.01.2010) ainsi que du Manuel d’Épictète